Dans les coulisses de l’épicerie solidaire Le Trait d’Union

Dans l’épicerie solidaire du centre-ville de Poitiers, bénévoles, salariés et administrateurs s’activent ensemble. Entre tâches du quotidien et orientations stratégiques, organisation et souplesse sont au cœur du dispositif.

Le Trait d’Union est l’épicerie solidaire du Local, association créée en 1948 et installée à proximité du musée Sainte-Croix depuis 1968. Le Local est aujourd’hui la Maison de Quartier du centre-ville, composée d’un Centre Socio-Culturel et de deux Résidences Habitat Jeunes. L’épicerie a quant à elle vu le jour en janvier 2010. Elle comptait déjà dans les rangs de ses bénévoles Geneviève, qui a par ailleurs fait partie du Conseil d’Administration et du Bureau du Local. À cette époque David Le Roy était lui aussi bénévole à l’épicerie avant d’être salarié du Local et de devenir responsable administratif et budgétaire et coordinateur de l’épicerie par intérim. Ces casquettes successives leur permettent de connaître parfaitement les rouages de l’organisation.

La gestion du quotidien

Bénévoles et salariés, chacun a trouvé sa place pour que l’épicerie fonctionne au mieux lors de ses deux demi-journées actuelles d’ouverture hebdomadaire. 20 à 25 bénévoles, dont 10 très réguliers, 2 salariées à mi-temps, Margot et Zohreh, Romain, un jeune en apprentissage, et quelques animateurs en formation composent l’équipe.

Les tâches sont calées comme du papier à musique.
Un mardi matin sur 2 est consacré à l’approvisionnement en produits secs auprès de la Banque Alimentaire, après un état des stocks et avant le rangement, assurés par les bénévoles.
Un mardi par mois est dédié à « la fripe », des vêtements neufs issus de dons d’entreprises redistribués par l’Agence du Don en Nature et Dons Solidaires. Tris et présentations sont aussi du ressort des bénévoles.
C’est également le mardi que sont accueillis les « nouveaux clients » par Geneviève et la référente famille du CSC. « Un moment que j’adore » confie la fidèle bénévole. « Ces personnes sont orientées par les travailleurs sociaux, souvent pour une durée de 3 mois. » Les nouveaux venus seront également reçus par le même binôme le jeudi après-midi afin de leur proposer des animations et ainsi renforcer le lien social.

Le jeudi matin, les produits stockés en réserve sont acheminés, sur palettes ou sur roulettes, dans la salle qui devient alors l’épicerie solidaire. Pendant que « les 2 hommes bénévoles récupèrent les produits frais à la Banque Alimentaire avec le camion, muni d’un haillon pour faciliter le chargement » indique David. « Entre 2010 et 2021 le tonnage des denrées récupérées a quasiment doublé, 60 à 80 familles en bénéficient chaque semaine. » Au retour du camion « on décharge, on compte les produits, on les partage entre le jeudi après-midi et le vendredi matin, on vérifie les dates… » énumère Geneviève.

Puis de 14h à 17h30, 4 à 5 bénévoles, un par poste de produits, un salarié à la caisse et un autre à l’accueil avec Karina, la Référente Familles du Local, accueillent les clients en fonction des créneaux qui leur ont été indiqués.  « La première fois, un bénévole accompagne le client pour lui expliquer le fonctionnement de l’épicerie, la lecture des dates de péremption… » précise David.

À la fermeture, « on range l’épicerie pour laisser la place aux activités du soir pratiquées dans la salle. » Le partage de l’espace induit beaucoup de manutention, heureusement facilitée par des aménagements matériels : transpalette, étagères sur roulettes… ce qui n’empêche que « de nouveaux bras seraient bienvenus » !

Et le vendredi matin, on recommence pour ensuite tout ranger dans les réserves à midi.

À ces interventions régulières s’ajoutent la participation des bénévoles aux différentes collectes dans les commerces (Biocoop et Auchan) ainsi qu’une réunion trimestrielle entre bénévoles pour aborder les questions opérationnelles et partager ses expériences.

Les orientations stratégiques

Le nouveau créneau du vendredi a été ouvert pour répondre aux impératifs sanitaires du Covid et à la forte hausse de demandes. Sa mise en œuvre a nécessité la mobilisation de deux groupes de bénévoles avec les difficultés de communication que cela implique et la nécessité d’un travail salarié supplémentaire pour y pallier.

« Nous souhaitons fermer ce créneau dès la fin octobre pour libérer du temps bénévole et salarié afin de reprendre les animations : sorties, ateliers culinaires… des animations hors des temps d’accueil de l’épicerie qui emmènent vers les autres activités du CSC et recréent du lien entre les clients » indique David.

L’organisation s’est adaptée à cette situation extraordinaire. Les bénévoles priés de rester chez eux lors du premier confinement ont toutefois continué à être présents auprès des bénéficiaires en leur téléphonant pour prendre des nouvelles et expliquer les colis qui leur étaient alors remis par les salariés…

Souplesse face à l’urgence mais aussi grandes trajectoires tracées dans le contrat de projet. Parmi celles-ci, « on essaie de développer des partenariats pour donner accès à des produits de qualité » se félicite David. C’est ainsi qu’une collaboration a été mise en place avec Biocoop, qui a par ailleurs donné un meuble de produits secs en vrac, ou que des fruits et légumes sont achetés directement auprès d’un maraîcher de Vicq-sur-Gartempe. De plus, les subventions du Département pour commander sur la plateforme Agrilocal facilitent cet approvisionnement de proximité.

« Tous les trimestres, depuis cet été, une commission épicerie réunit bénévoles, administrateurs et salariés. Y sont abordées les questions stratégiques sur la place du bio, l’enveloppe pour le maraicher, les questions à poser au CA… Cette organisation vise une meilleure intégration de l’épicerie aux autres secteurs du CSC » explique David.

La commission épicerie de CAPÉE, réunie plusieurs fois par an, s’inscrit dans cette vision à plus long terme. « Elle coordonne le travail des différentes épiceries solidaires de Grand Poitiers, apporte des outils pour travailler ensemble dans le réseau, accompagne sur des questions d’approvisionnement, d’harmonisation de prix, des animations. Elle sert également à voir d’autres modèles d’épicerie pour une vision plus stratégique » apprécient les deux compères.

 

Texte rédigé par Sophie Guitonneau