Sophie Baudry : une lectrice publique

Sophie Baudry vient de créer son activité autour d’un projet culturel qui lui est cher. « La lecture à haute voix embrasse le spectacle avec des représentations et de la pédagogie ». Un projet qui agit sur le bien-être des enfants, des personnes âgées et des personnes fragilisées et/ou immigrées.

Jusqu’en 2010, Sophie était enseignante de français. Après la naissance de ses filles, elle décide de quitter le monde de l’éducation pour se consacrer à ses enfants. C’est alors qu’elle est confrontée au système social et rencontre des personnes dans la précarité. Très attachée à la communauté comorienne à laquelle appartient son mari, elle utilise ses compétences littéraires pour aider ses compatriotes à s’intégrer.

A la fin de son congé parental, Sophie, imprégnée de cette expérience, cherche un emploi en lien avec ses compétences mais hors du système scolaire. Elle finit par trouver sa voie « je veux faire de la lecture publique ! ». Une voie – et une voix – qui résonne avec la politique nationale actuelle.

« Le Président a indiqué vouloir développer la culture en complémentarité de l’école ». Une opportunité que Sophie entend saisir.

Un préambule convainquant

Sur les conseils de Pôle Emploi, l’admiratrice de CharlElie Couture et de Baudelaire teste et affine son projet en tant que bénévole à Toit du Monde. Depuis 2016, les lectures à haute voix qu’elle présente sont appréciées. Ces lectures font suite à des recherches menées en commun. « A partir d’un thème, les gens vont chercher des textes classiques que j’intègre à la représentation finale. C’est très dynamique » se réjouit-elle. Sophie conçoit également des  spectacles « Dis-moi coquelicot » dans lesquels elle fait dialoguer deux personnages, toujours sur la base de textes classiques.

Autre public conquis, les enfants. « La Maison des Projets s’est intéressée à mes lectures. J’y ai joué La fée aux lunettes. Comme dans chacune de mes représentations j’ai introduit de la pédagogie, en l’occurrence une explication orthographique. Le spectacle a eu un impact important sur les enfants.» Pour capter l’attention du jeune public, Sophie propose aussi des slams dans lesquels elle intègre ses propres poèmes.

Dernier public enchanté, les personnes âgées. « Je suis intervenue à l’EHPAD (Établissement d’Hébergement pour les Personnes Âgées Dépendantes) voisine de Bellejouanne. Avec les résidents, nous avons travaillé sur la mémoire collective. Cette mission a favorisé la cohésion sociale en raccrochant les personnes âgées à la modernité par le biais des recherches de textes sur Internet. « Eux étaient réceptifs et moi très motivée ! »

Les premières pages de son livre

Forte de ces expériences bénévoles, Sophie a souhaité officialiser son projet pour en faire son activité professionnelle. Elle a d’abord bénéficié du service Activ’Créa de Pôle Emploi et de l’accompagnement de l’ADIE pour l’aider à valider et formaliser son projet. C’est à Toit du Monde qu’elle fait la connaissance de CAPÉE. « J’ai rencontré Amélie qui m’a aidée à m’orienter vers un statut et à comprendre le fonctionnement d’une micro-entreprise. Son aide a été très précieuse. Elle avait réponse à tout ! Elle a su lever mes doutes et mes peurs. CAPÉE m’a aidée à franchir le pas vers l’officialisation de mon activité. »

Aujourd’hui l’avenir semble prometteur pour Sophie. Après avoir rencontré le maire de Poitiers, elle postule à un appel à projets de la ville sur le parcours d’éducation artistique et culturelle. Avec ses lectures à haute voix, Sophie entend développer en périscolaire ce que n’ont pas le temps de faire les enseignants. «  L’enjeu est relevé ! Il s’agit à la fois, par la maîtrise de sa voix et de son corps, de permettre notamment aux élèves les plus inhibés de retrouver l’estime de soi tout en leur donnant accès aux textes classiques. »
Instruire, éveiller, libérer la parole, transmettre l’envie de lire et l’amour de l’objet livre… tout en veillant à la cohésion sociale.

Quels que soient les publics, les lectures à haute voix de Sophie permettent de s’intéresser aux mots, à leur musicalité, d’aider à organiser ses pensées pour prendre la parole plus facilement et ainsi gagner en autonomie et en liberté. Elle aime apporter un moment de bien-être qui, pour les personnes âgées peut se trouver dans la petite flamme ravivée de la mémoire enfouie. Le rythme de sa voix et le travail des émotions amènent sérénité aux personnes handicapées.

« Ce que je fais leur fait du bien. » Et c’est ce qui fait vibrer et passionne Sophie. Aussi, lorsqu’elle aura écrit les premières pages de son activité professionnelle, pas question pour elle d’arrêter ses lectures publiques bénévoles. « Le Toit du Monde est pour moi comme une famille. C’est une forme d’amour. »

Aujourd’hui, Sophie éprouve « la satisfaction d’exister socialement. C’est fondamental pour l’estime de soi ! J’avance en interaction avec les autres, sur les mêmes rails. » Sa plus belle réussite actuelle ? « Une petite dame de 86 ans qui n’aimait pas la poésie m’a confié l’aimer maintenant ! »